L'INSPIRATION
(Paroles Juliette Andréa Thierrée / Musique Raphael Bancou)
(retour)
Dans ma petite chambre j'allume soudain la lampe
C'est un mois de décembre qui tombe de son lit
Je découvre une rime coincée sous l'édredon
Tout au bout de ma mine je la taille en chanson

Je branche le courant  j'entrouvre mon cahier
Un paysage tout blanc me renvoie mon refrain
Et je vois mon crayon de ratures en ratures
Cavaler sous un pont, près d'une source d'air pur

Au détour d'une virgule elle apparaît enfin
Comme une somnambule dans mon alexandrin

Elle croit qu'elle peut mourir à n'importe quel âge ma mère
Qu'elle va me priver de son rire et que je vais tourner la page
Je vais lui prouver le contraire
Je vais la faire refleurir dans mes vers
Ma mère

J'ai vu sa robe mauve sortir de mon couplet
Se transformer en prose puis tomber à mes pieds
Je l'ai prise dans ma main, elle m'a dit un mot doux
J'ai senti mon refrain débouler entre nous

Elle m'a dit : Faut que tu oses, faire ce que je n'ai pas fait
Va jusqu'au fond des choses sans leur courir après
J' voulais pas qu'elle se sauve et pour mieux la garder
J' lui ai fait une alcôve entre mes deux guillemets

Elle m'a sorti des phrases qui n'appartiennent qu'à elle
J'étais comme dans un vase mais au milieu de ciel

Elle croit qu'elle peut mourir à n'importe quel âge ma mère
Qu'elle va me priver de son rire et que je vais tourner la page
Je vais lui prouver le contraire
L'empêcher d'être un souvenir trop amer
Ma mère

Mais voici que mes feuilles s'envolent une à une
Elles se dressent en cercueil tout autour de ma plume
J'ai des points dans les yeux, son image se froisse
Je m'accroche comme je peux à sa robe qui s'efface

Je me fais un sang d'encre mon papier est à bout
Mon crayon à une crampe il ne tient plus debout
J'aperçois un couloir je ferme une parenthèse
Soudain c'est le trou noir je tombe de ma chaise

Je suis en train de naître de mes alexandrins
Mère rit entre mes lettres papa crie le mot fin

Elle croit qu'elle peut mourir à n'importe quel âge ma mère
Qu'elle va me priver de son rire et que je vais tourner la page
Je vais apprendre à me taire
Et la laisser enfin partir dans les airs
Ma mère

Puis l'aube me réveille de son regard serein
Tandis que ma mère veille tout doucement s'éteint
Mon buvard se noircit et l'encre coule à flot
Il n'y a plus de pont pour retenir mes mots

Dans ma petite chambre une chanson est née
Elle sort de mes membres elle est toute gelée
Je la prends sur mon sein et je compte ses pieds
Je l'embrasse trois petits points et fermer les guillemets